Bouleversée. Carrément. Le Manège Militaire Voltigeurs de Québec n'est plus qu'une façade et quelques racoins épargnés par l'incendie de vendredi dernier. Bien sûr, comme la plupart, je suis affectée par la perte d'un bâtiment historique. D'autant plus qu'il appartenait au paysage du Vieux-Québec, vu qu'il a été pensé par le même architecte que le parlement, presque voisin. Mais voilà, pour moi, cette bâtisse abritait bien plus que des militaires. Elle abritait des pages d'histoire, des pages de musique ... et des pages d'histoires personnelles.J'ai fait partie de la Musique des Voltigeurs de Québec de 1998 à 2006, jusqu'à mon transfert dans la "régulière" avec la Musique du Royal 22e Régiment. J'ai toujours été très fière d'avoir fait partie du premier régiment canadien-français au Canada. C'est la musique des Voltigeurs qui a été la première à interpréter notre hymne national, sous la direction de Calixa Lavallée en 1880.
C'est pas une question de fanatisme-nationalisme. Mais j'aime la musique. Et celle-ci a traversé le temps ... Oh Canada crotte de chat ... La musicothèque des Voltigeurs couvait des partitions écrites de la main de Lavallée lui-même. On ne sait pas encore ce qu'il en reste mais il y a fort à parier que le feu gourmand n'a fait qu'une bouchée de ces partitions élimées par le temps.
L'air chargé de poussière du local de musique vous gerçait les lèvres tant il était sec. La salle de tir était contaminée à l'amiante. Le sous-sol, avec ses portes minuscules, puait la sueur des jeunes recrues et le CLP (genre d'huile pour nettoyer les armes). Le plancher du Mess était littéralement imbibé de la bière renversée par les chums de clo et leurs prédécesseurs. Le plafond du drill hall était magnifique, en bois dur, chouette à regarder pendant les discours cérémonieux interminables. Les portes grinçaient. Le marbre de l'escalier central était abimé par les chargeurs échappés à la course ou les timbales transportées du 4e chaque fois qu'on avait un concert.
Le manège était définitivement écorché par le poids du temps et imprégné du souffle tranquille des souvenirs. Mais il inspirait une telle fierté que même la plus jeune des recrues n'hésitait pas à l'appeler SON manège.
Le manège sera reconstruit. Sa reconstruction témoignera maintenant des conflits entre les différents paliers de gouvernement et entre les ministères. Reste à voir qui marquera à son tour l'histoire du manège. Un point pour Régis Labaume, maire de Québec, qui semble avoir été le plus rapide à cerner non pas le problème, mais les solutions potentielles.


1 commentaire:
Magnifique symbiose de l'armée et de la musique, à travers ce témoignage.
Touchant.
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