jeudi 31 janvier 2008

Langue diffuse

J'ai toujours eu très peu d'intérêt pour la télévision. Les deux émissions que j'ai suivies religieusement dans ma vie sont Passe-partout et Chambre en ville. C'est vous dire que je ne pourrais pas élaborer sur grand chose qui passe au petit écran actuellement. J'ai développé une réelle aversion envers la télé depuis la diffusion du premier Star Académie qui coïncidait justement avec ma lecture de Murmure marchand de Jacques Godbout. Depuis, je n'ouvre la télé que pour la mettre sur le mode DVD. Ou lorsque je suis malade.

Et là, je suis justement en congé de maladie. Une drôle d'histoire ... on m'a fait une injection d'hormones pour me préparer à une chirurgie de l'utérus. Cette injection m'a mise en ménopause temporaire. À 31 ans, c'est plutôt hilarant. Surtout quand on sait que c'est temporaire. Ce qui est moins hilarant, c'est que les hormones me donnent aussi tous les symptômes physiques et certains psychologiques d'une dépression. Moins comique. Alors voilà, j'ai les symptômes de la dépression mais je ne suis pas en dépression. Fucké hein ?

Toujours est-il qu'on me donne tout de même un congé de maladie auquel je prends grand plaisir. Pour une ex travailleuse autonome qui a déjà eu jusqu'à 4 jobs dans la même journée et qui profite encore de ses vacances d'été pour aller enseigner dans un camp, un congé de maladie est plutôt sympathique. Donc, hier soir, comme le Québécois moyen, j'ai ouvert ma tivi.

Comme je venais de manger, et que j'adore manger ... j'ai mis mon poste à radio-canada et j'ai regardé un couple sympathique me parler d'une de mes grandes passions : la bouffe ! Et là, en plein reportage sur l'umami* (le goût qui goûte goûteux), j'ai eu une grande révélation. Un de ces moments où on se dit : "ah !! je le savais ! j'aurais dû m'écouter d'avantage".

Depuis le cours de biologie de secondaire 3, j'ai la profonde conviction que je suis handicapée de la langue. On m'avait alors appris que la réception des goûts sucré, salé, amer et acide se concentrait à certains endroits sur la langue : le sucré sur le bout de la langue, le salé sur les côtés, l'acidité au milieu et l'amertume loin derrière. Mais voilà, alors que les autres élèves s'exclament et approuvent ces notions lors de l'expérience sur les goûts, moi je n'arrive pas à déceler les saveurs aux endroits indiqués. Je ne goûte pas de façon localisée, je goûte diffus.

On m'apprend hier (à la télévision !!!) que les recherches récentes sur le goût affirment plutôt que les papilles gustatives ont des récepteurs pour chacun des goûts. On goûte donc partout sur la langue. Alléluia, j'ai une langue humaine normale. Malgré ce qu'en dit Encarta, Wikipédia et les manuels scolaires de biologie de secondaire 3.

Il s'en suit une réflexion qui me mène à la conclusion suivante : la télé est une source d'information comme les autres. Elle est utile et a son droit d'exister comme l'école, les livres et l'internet. C'est au téléspectateur (ou à l'élève, ou au lecteur, ou au surfeur de net) de se questionner sur les savoirs qu'il voudra bien accepter.


* Reportage sur l'umami : http://www.radio-canada.ca/actualite/v2/lepicerie/niveau2_liste84_200801.shtml#



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