Il y a quelques jours, un ami dont le cynisme occasionnel a été chatouillé par la naïveté d'une conférencière, publiait sur son blog une chronique à propos du bonheur*. Son texte, bien écrit, a pourtant suscité en moi un tel agacement que je n'ai pu que le qualifier de texte d'homme de peu de foi. Néanmoins, la question des chemins du bonheur reste pertinente et extrêmement interpellante. Toute tentative de réflexion à se sujet mérite d'être encouragée.A.C. Ping, dans son livre Être**, suggère que la clé du bonheur passe par la conscience de la mort. Avoir la mort comme jauge de la pertinence d'une action dans notre vie permet d'avoir accès à nos valeurs profondes et de se guider par elles. Le bonheur serait dont le résultat d'un accord parfait entre ce que l'on est et ce que l'on fait. Le bonheur est ici exposé comme un objectif qui demande conscience, décision et action. Le bonheur passerait donc par des verbes d'action : s'accomplir, réussir, obtenir, donner, se passionner. Il n'est pas question ici d'attente contemplative. Rêveurs, s'abstenir !
Il existe pourtant de ces moments de bonheur qui vous surprennent. Alors que vous étiez ailleurs, ils vous ramènent à vous par leur incongruité. Ce sont sans contredit mes bonheurs préférés, que je qualifierais de passifs. Ces moments vous frappent alors que vous n'aviez rien demandé, dans un moment d'aucun état. Voici ceux qui m'ont croisée cette semaine : découvrir un stylo de Air Inuit dans mon pot de crayons en ignorant totalement comment il s'est rendu là, ouvrir la porte et voir mes chats accourir dans une démarche parfaitement symétrique. Ces moments de bonheur spontané me donnent une trêve dans ma quête. Ils me rassurent, m'indiquant que bien que la quête doit être menée épée devant et tambours battants, une certaine magie peut encore exister.
La magie ne peut se faire que par l'entremise de la foi, de l'ouverture, de l'acceptation de la possibilité de bonheur. Certains diront "rester enfants" ou "être purs". D'autres diront "savourer les petits bonheurs de la vie" ou utiliseront une autre formule encore plus cucu, si ça peut exister. Au delà des formulations douteuses et convenues, reste un message d'espoir et, surtout, de modestie.
On peut avoir l'impression que la terre entière est sur le mauvais chemin, qu'on a compris beaucoup plus d'affaires que la majorité, qu'on est choyés intellectuellement et que nous au moins on est impliqué dans une démarche consciente et contrôlée. Il reste que la vie peut nous surprendre. Et que c'est ce qu'on souhaite, dans le fond. Perdre ce contrôle pendant quelques instants. Que la vie soit plus forte que la vie.
** A.C. Ping, Être. Éditions Le jour, 2007. Notez aussi ces deux autres livres du même auteur, aux titres évocateurs Croire et Agir. Chez le même éditeur.
*** La magnifique photo provient du site http://www.cyrildphotos.com/ consulté le 22 novembre 2007.


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