mercredi 10 octobre 2007

Pensées pontuées

Dans cette ère où, dit-on, les possibilités sont infinies, il est plus fréquent de croiser le point d'interrogation que ses collègues le point d'exclamation et le un-point-c'est-tout. Bien sûr, l'amie virgule est toujours présente et seules les règles de ponctuation encore plutôt conservatrices* nous épargnent la séparation des points d'interrogations par ces dites virgules. Et fort heureusement !

Je vous entends penser (oui, oui ... attention!) : " Les questions ne sont-elles pas signe d'intelligence ?". De curiosité. Je peux bien l'accorder, les questions sont des signes de curiosité. Elles peuvent aussi être symptômes d'incompréhension. Elles deviennent par contre signe d'intelligence seulement lorsqu'elles sont orientées. La question est certainement faite pour chercher mais son but final est sans aucun doute de trouver, de savoir. Au pire de savoir qu'on ne sait pas. Par exemple, John Cage (compositeur américain, mort en 1992, travaillant sur le silence en musique et l'aléatoire), quand on lui reprochait d'utiliser l'aléatoire pour s'éviter le problème du choix, répondait : « mes choix consistent à choisir quelles questions poser »**. Et j'oserais même compléter ainsi : mes choix consistent à choisir quelles questions poser et mon travail consiste surtout à ne pas oublier la raison d'un tel questionnement. Question et quête doivent être intimement liées.

Pourtant, on croise souvent de ces questions devenues irritantes et même déroutantes par le seul fait qu'elles n'ont plus leur sens. Elles se sont perdues à force de vouloir se répondre elles-mêmes. Démonstration partant de l'affirmation suivante "asti que j'suis pas bien":
- Qu'est-ce que je ferais bien pour me sentir bien ?
(voilà, très orienté ...)
- Qu'est-ce que ça me prend pour être bien ?
(logique ...)
- Qu'est-ce que j'aime ?
(ok, je veux bien ...)
- Est-ce que j'aime vraiment ça dans le fond ?
( euh ... )
- Dans le fond de quoi dont ?
(l'angoisse se pointe)
- Qui suis-je ?
(ici on commence à sentir le désarroi )
- Pourquoi suis-je sur cette foutue terre bordel ?
(impatience, agressivité)
- Ça sert à quoi la vie ?
( la démission approche ... )
- Pourquoi asti que j'suis pas bien dans la vie ?
(ça y est, on y retourne ... ).

Les questions fusent mais je refuse ! Vient un moment où il faut une pause. Pause de questionnement. Vient un temps où l'on se doit de recourir à la parenthèse, salvatrice de tous les perdus de la terre. Ne dit-on pas "faire une petite parenthèse"? La parenthèse, drapeau blanc du questionnement noir, a de multiples usages : ajouter, faire un aparté, spécifier, déroger, simplifier, résumer, commenter, rappeler ... La parenthèse nous ramène clairement à ce qui est parent à la thèse, la prémisse, le but, la quête. Elle permet d'orienter sans être en devoir d'affirmer. Moins complexe graphiquement que le point d'interrogation, elle n'en reste pas moins jolie avec ses courbes, aussi gracieuses et parfaites que des bras de ballerine. Et joie, elle vient toujours par paire !

Une paire d'éléments similaires, et pourtant différents dans leur orientation. Une qui ouvre, l'autre qui ferme, mais toutes deux qui englobent, qui chérissent, qui délimitent, qui rassurent. Un refuge. Un couple. Un vrai. Malgré la distance et les mots qui peuvent les séparer, malgré l'énormité de la question qui les précèdent ou les suivent, on finit toujours par savoir quelles parenthèses forment une paire.

(Je t'aime)



*La grammaire, plus maléable, s'est mise au goût du jour en 1995 (ça vous intéresse ? consultez http://www.ccdmd.qc.ca/fr/ ).
** Malbreil, Xavier. L'aléatoire, le net-art, le sens et nous et nous, le 10 octobre 2007, au http://www.ciac.ca/magazine/archives/no_19/dossier.htm


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